Posté le 16.06.2007 par Emie
- Je suis votre ange gardien
(Manquait plus qu’ca)
- Mon…ange gardien ??C’est une plaisanterie… ? Vous arrivez un peu tard, c’était justement hier, que j’avais besoin de vous.
- Je comprends votre colère, cela n’aurait jamais dû arriver nous sommes vraiment désolés de…
- Désolés ? vous êtes désolés ? un homme m’a frappée, insultée, humiliée et vous êtes « désolés » ? Savez-vous ce que j’ai pu ressentir ces quatorze dernières heures ? Connaissez vous le nombre de douches j’ai pu prendre ? Et à combien s’élève le chiffre de mouchoirs que j’ai pu mettre en pièce, vous le connaissez ?
- .. .
- Répondez !
- Oui…nous le savons. Je vous présente à nouveau nos excuses.
- Vous n’avez pas autre chose en magasin a part « nous sommes désolés » ?. Et d’ailleurs pourquoi, comment pouvons nous avoir cette conversation ? vous prétendez être mon « ange gardien ». Expliquez-moi ça.
- Vous allez sans doute avoir envie de me balancer le téléphone qui est à votre gauche en pleine figure après cette « explication ».
- Ecoutez, il est 5h du matin, la journée d’hier a été la plus dure que j’ai eu à vivre, chose qui apparemment n’aurait pas du arriver, alors : EXPLIQUEZ-MOI !
- Comme je vous l’ai dit, votre agression n’aurait pas du avoir lieu et vous n’auriez théoriquement pas du vivre les heures qui l’on suivie. C’est pour cette raison que je suis ici, ce sont les Archanges qui…
- Attendez une petite minute, vous être en train de me parler de « chose » qui n’aurait pas du arriver et d’archanges ? bientôt vous allez me parler de Paradis et d’enfer ?
- …en quelque sorte. Je suis votre messager et j’aimerais vous faire accepter ce qu’ils ont à vous proposer « là-haut ». Ce qui se résume à revivre cette journée, éviter l’agression et reprendre votre vie de façon normale.
- Vous plaisantez ? de façon normale dans votre jargon ça veut dire ne plus avoir à frotter ma peau si fort qu’elle ne ressente un autre mal ? ou devoir la rendre si rouge à ce qu’elle ne demande d’exploser ? ou est-ce juste vouloir dire : éviter de devoir vider des millilitres de gel douche parfumés a je ne sais quelles senteurs pour me sentir « lavée » ?
- Je comprends votre exaspération mais vous devez me…
Oui exactement c’est le terme approprié cet homme m’exaspère. Je vais écouter ma mère et suivre son conseil pour une fois : quitter la pièce pour aller passer mes nerfs ailleurs.
- Non, vous ne comprenez rien du tout, alors maintenant sortez de chez moi avant que l’envie de vous balancer ce qui me tombera sous la main ne soit trop grande et ce ne sera pas un téléphone !
- Vous avez raison. Je ne sais pas ce que c’est que d’être humain. Je ne connais le sentiment de la colère, la douleur ou même de l’amour qu’à travers les livres. Mais certains d’entre nous sont à demi-homme à demi-ange se sont eux qui font le parallèle entre la terre et le Paradis et…
- Je me moque de vos états d’âme ! Sortez de chez moi ! Vous avez su rentrer je crois non ? Alors reprenez le chemin dans le sens inverse et…et d’ailleurs comment avez-vous fait pour pénétrer à l’intérieur de chez moi ?
…
- Je vous aie posé une question !
Le temps de passer de la salle de bain à la chambre, il avait disparu. Je reconnais lui avoir demandé de partir, mais de la à me laisser parler dans le vide...
Bon. Reprenons les choses dans l’ordre : un homme entre chez moi par je ne sais quel moyen pour atterrir en tailleur au bout de mon lit. Ensuite il prétend être mon « ange gardien ». Bon. Admettons. Mais qu’ il me propose de revivre la journée d’hier pour éviter l’agression ça, ça me dépasse. A tel point que je crois ressentir de la fatigue…
--
Posté le 09.06.2007 par Emie
…
Je pense mettre cet accès de colère totalement idiot sur le compte de la camomille.
J’aimerais avoir le courage d’éteindre la télévision et de commencer à m’endormir mais j’ai trop peur que la poignet s’abaisse. Que les cauchemars inévitables et sournois arrivent parce qu’ils savent que je ne peux rien faire contre eux. J’ai laissé les images de l’écran défiler et regarder les heures changer sur mon réveil, et je crois avoir décroché pendant la diffusion des clips vidéos.
…
4h22 vient de s’afficher, j’aurais aimé voir 9h22 ou même 8h aurait été un horaire tout à fait raisonnable, mais pas 4h22. La terrible menace profanée quelques heures plus tôt a eu son petit effet, le 16 est devenu le 17. Mais tout ce qui a fait la journée du 16 est toujours la. Raté. J’ai décidé d’attendre 6h pour de nouveau vidé des millilitres de gel douche à la mûre et ajouter un peu plus au champs de bataille de la veille. Mais ce qui va être le plus difficile, c’est de me redormir pour l’attendre ce 6h. Dormir c’est comme le vélo, ça ne s’oubli pas : il suffit de fermer les yeux, penser à quelque chose d’agréable. J’ai beau fermé les yeux à m’en fendre les paupières, rien. Pas de vue de bord de mer avec un banc, moi, ou même un énorme chien (qui aurait pu être d’une grande aide hier) Alors autant les rouvrir…ou bien non. Un type est assis en tailleur au bout de mon lit […] Mais qu’est ce qu’il fout la celui la ?
- Qui êtes-vous ?
(Oui je sais, j’aurais pu trouver mieux mais il est 4h25 du matin)
- …
Visiblement il n’a pas entendu ma question ou alors je suis en train de délirer et la camomille associée à la verveine ont un sens cachés aux pouvoirs hallucinogènes.
- Je répète ma question : qui êtes-vous ?
- Pourquoi vous n’avez pas crié ?
- Je vous demande pardon ???
- D’habitude, quand on me voit c’est cris hystérique, menaces en tout genres, et croyez moi, ils ont de la ressources et attaquent avec tout ce qui leur tombe sous la main, alors imaginez un peu.
Bon, visiblement, il faut que j’arrête la camomille. Je vais me pincer et me réveiller.
- AÏE, non de Dieu !!!
- Mais pourquoi vous pincez vous de la sorte ? vous ne croyez pas en avoir eu assez hier ? Et évitez de jurer cette manière.
D’accord. Je ne rêve pas. Ça n’est pas vraiment la nouvelle la plus rassurante de la journée. Mais j’aimerais savoir comment cet homme a atterri au bout de mon lit et surtout comment il peut faire référence à ce qui s’est passé hier…et en plus de ça me donner des leçons de savoir vivre
Posté le 07.06.2007 par Emie
20h03. La journée est presque terminée. Je reste une nouvelle fois tétanisée derrière ma porte. Les escaliers sont face à moi et je me dis que là-haut je serais bien plus en sécurité qu’ici la tête entre les genoux. La nuit va être interminable, j’aimerais être déjà demain pour me dire qu’hier n’existe plus. Alors j’ai pris le chat sous mon bras et je les ai monté ces foutus escaliers. J’ai allumé la télévision pour qu’il y ai une sorte d’animation dans la pièce, et j’ai filé tout droit vers la salle de bain pour vidé de moitié l’un des flacons rescapés du début d’après-midi. Je reste dans une ambiance caniculaire en pensant que je dois sans doute avoir besoin de sommeil. De beaucoup de sommeil. Pensant être trop vieille pour que le marchand de sable trouve une solution à mon problème et qu’à cette heure ci la pharmacie est probablement fermée, il ne me reste plus qu’à croire en les vertu de camomille, verveine , tilleul et compagnie.
20h47. J’ai pris mon courage à deux mains pour descendre les escaliers et aller vaillamment mettre à ébullition l’eau miracle qui me permettra (peut-être) de dormir. La tasse bouillante dans la main gauche je repars de la cuisine vers l’étage en n’oubliant pas de vérifier une bonne dizaine de fois que la porte d’entrée est fermée à double tour. En posant le pied sur la première marche, je décide que ce sera la dernière fois que je redescendrai ces escaliers avant que le jour ne soit levé même si le chat hurle à la mort parce qu’il a faim. Je me suis allongée dans mon lit en espérant que par miracle je m’endormirai en un claquement de doigt, mais rien. J’ai fini par me résigner et regarder ce que le petit écran avait à dire. A première vue pas grand-chose, juste des séries à la pelle, des films au début tragique mais fin heureuse, des émissions de variétés et dite de divertissement (aux présentatrices à qui on ferait bien manger leurs satanées fiches de bristol), sans oublier les documentaires interminables sur le pourquoi du comment de la vie d’un ornithorynque. Mais curieusement j’aimerais m’y intéresser à cet ornithorynque, ou aux fiches bristols de la présentatrice peroxydée qui s’agite…me concentrer sur ça et rien d’autre surtout pas à une casquette, une capuche, ou une voix rauque. Juste pour oublier 14h et ses alentours. Même les heures de cette nuit ne semblent pas vouloir s’écouler.
Le monde a-t-il envie de s’arrêter un vendredi ? Et les joies du samedi ? Celle de passer des heures à déambuler dans les allées d’Ikéa en laissant porter ce sac jaune et bleu immonde à votre petit ami qui traîne le pas dans les allées (et qui franchement déteste ça les samedi après-midi chez Ikéa, il préférerai sans doute que vous remplissiez cette joie avec votre future belle-mère) pour finalement acheter trois ou quatre bougies, quelques bibelots que vous adorer(mais qu’il déteste), et enfin affronter une file d’attente interminable ? Et les plaisirs du dimanche ? Celui d’avoir envie de faire bouffer ses haies à son voisin parce qu’il a décidé que c’était à 8h30 qu’il fallait les tailler ? Vous en faites quoi de tous ces bonheurs de la vie quotidienne ? Il y a sans doute des milliards d’humains qui aimeraient faire ça ! Alors message au « Tout-puissant », « Créateur » et autre « Très-Haut» qui joue avec sa fourmilière : faites moi s’écouler cette putain de journée !!!
Posté le 05.06.2007 par Emie
Je me presse dans les rayons. J’essaye de faire au plus vite, mais je me rend vite compte que je vais forcement devoir croiser soit le regard d’une ménagère pour trouver de la glace, soit celui d’un couple qui s’éternise devant les boites de préservatifs en se demandant laquelle les mènera au septième ciel pour mes paquets de mouchoirs et enfin celui du petit bonhomme qui se retrouve devant un dilemme atroce a savoir : quel stylo choisir entre Dora l’exploratrice et Bob l’éponge pour mes bloc notes. (J’aurais aimé lui dire qu’il serait confronté à d’autres dilemmes plus cruel les un que les autres, d’autres moins barbares comme devoir choisir la couleur des rideaux....)
Voilà tout y est. Il ne reste plus qu’à obtenir l’emblématique « client suivant », le sourire de l’hôtesse, et mes courses fourrées dans un sachet pour lequel il faudra débourser 0,10€ (échangeable à vie) parce que c’est bon pour la planète, mais rien ne change au fait que pour moi ce sachet écolo aura une durée de 20 minutes environ. Mais bien sûr il a fallut que je choisisse la caisse « à pas de chance », celle ou il y a toujours un prix manquant, un prix qui n’existe pas ou le tiroir-caisse qui a décidé qu’aujourd’hui, il ne s’ouvrira pas. Sans oublier – le client chiant - qui a décidé qu’il aurait ces 0,75€ de réduction sur sa tablette de chocolat (du chocolat, voilà ce qu’il y aurait du avoir sur ma liste.) voilà que le client chiant insiste, que la pauvre hôtesse ne sais pas quoi faire et donc que Monsieur repartira avec une plaquette de chocolat à zéro euro. Et moi, je n’ai qu’une envie faire demi-tour mais c’est trop tard : sourire suivant.
L’hôtesse me lance un « Bonjour » qui ressemble à celui d’une fin de journée et aussi à « c’est à cause de vous que je ne suis pas en pause pour m’infiltrer les poumons d’une bouffée de nicotine » j’essaye tant bien que mal de rester sur mon profil gauche, celui qui engendre le moins de scénarios en tout genre et surtout de « Ho, mon Dieu ». En aussi peu de temps qu’il faut pour le dire, mon paquetage est au bout du tapis roulant, je règle les quelques euros qu’il faut pour avoir le droit de pleurer et je pourrais rayer victorieuse cette ligne la de ma liste.
Il ne reste plus qu’a trouver encore un peu de courage pour atteindre la maison ce qui me permettra de continuer à maltraiter les pauvres lignes de ma liste. Rien ne devrait être plus simple que d’enfoncer la clé dans la serrure de la porte, pour m’y engouffrer, donner un (voire deux) tour de clé et tenter de me dire que je suis en sécurité.
Posté le 31.05.2007 par Emie
La première des choses « à faire » serait d’aller porter plainte mais ce point la de la liste attendra demain, restons logiques mes blessures ne disparaîtront pas comme par enchantement et quand à ce qu’il y a dans ma tête, sûrement pas.Mieux vaut passer au reste de la liste qui se résume à :
- ne plus passer par cette stupide allée
- aller m’approvisionner en mouchoirs pour la décennie à venir
- aller à la pharmacie pour me donner le droit de m’assommer d’anxiolytiques
- contacter Mr papier glacé dès demain
En ce qui concerne la première de ces lignes cela semble évident, mais pour toutes les autres il va falloir affronter des centaines de casquettes, capuches et voix rauque. Au fond, ça ne devrait être l’affaire que d’une ou deux petites heures, noyée dans la masse pour une dizaine de paquets de feuilles pliées en quatre.
Mais ça ne sera pas que quelques paires d’yeux d’une salle d’attende ou d’une rame de métro devant lesquelles il va falloir lutter. Mais celles des centaines de ménagères pressées de savoir à combien va être évalué le chariot de la semaine. Je crois n’avoir jamais était prise d’autant d’angoisse à l’idée de faire quelques courses. Après tout ce ne sont que des mouchoirs, de la glace pour tenter de faire dégonfler ce qui me pousse au milieu du visage et trois ou quatre blocs notes pour écrire à m’en donner des crampes dans les doigts et les mains.
Posté le 30.05.2007 par Emie
[FONT=Arial]Les patients se sont levés les uns après les autres, et, passés après consultation ont eu la même discrétion pour jeter un œil quelque part dans la salle. Qui sait je serai peut-être devenue bleue de la tête aux pieds.
18h05. Il n’y a plus personne dans la salle d’attente et maintenant c’est moi qui ne sais plus quoi faire de mes mains, mes jambes, de mon corps tout entier.
Il suffit à nouveau de quatre mots pour que je fonde en larmes, juste « C’est à vous mademoiselle» mais cette fois la voix est douce. Ces mots sont prononcés par un homme à la cinquantaine assumée, qui ne sait pas s’il doit sourire ou montrer son inquiétude.
La dernière fois que je suis rentrée dans ce cabinet c’était pour une vulgaire migraine aujourd’hui c’est parce que tout fout le camp. Parce que j’ai l’impression que plus rien ne m’appartient que tout est entre les mains d’un inconnu dont je ne connais que la voix et la partie inférieure du visage.
Je suis maintenant entre les mains du médecin de famille, l’homme qui m’a vu grandir à coup de vaccins dans le bras, qui m’a vu pleurer à chaudes larmes parce que l’homme qui devait être celui de ma vie avait claqué la porte. Aujourd’hui il me voit pleurer les dernière larmes qu’il me reste pour un homme qui n’aurait jamais du entrer dans ma vie. Le « comment est-ce arrivé » redouté est arrivé. L’on pourrait croire que les mots vont se déverser avec un naturel déconcertant devant cet homme qui me connaissait tant, mais, rien. Pas le moindre mot ou fragment de mot n’a voulut sortir de ma bouche (et il doit y en avoir des mots pressés, énervés ou fatigués qui attendent entre mon œsophage et ma bouche pour sortir et se sentir enfin libre) Il m’a examiné la lèvre inférieure, le nez, la joue, le thorax jamais un examen aussi banal ne m’a fait aussi mal. Aujourd’hui il ne demandera pas comment va la tribut des grands parents, parents, frères et sœurs, il a simplement dit :
« - A croire que l’on est en sécurité nulle part. » ce qui aurai pu donner en décrypté : « pas de bol, mauvais endroit, mauvais moment. »
J’aimerais qu’il me dise que demain il n’y aura que des ecchymoses, juste des ecchymoses et rien d’autre.Je suis ressortie avec quelque part dans la tête, toujours la même sensation que quelque chose m’avait été enlevé, et sous le bras quelques ordonnances et le nom d’un psychiatre spécialiste du traumatisme écrit en belles lettres sur un rectangle de papier glacé.
Posté le 25.05.2007 par Emie
Je suis montée à l’étage en ayant le regard fixé sur la poignet. Je n’ai pas su atteindre l’étage sans redescendre vérifier qu’elle était bien fermée à double tour.
Je n'ai même pas la force de me déshabiller, en voyant mon visage dans le miroir je me dis que d'aller voir un médecin pourrait être une bonne idée. J'aimerais être capable d'appeler un proche qui tiendra la boîte de mouchoirs sans pour autant me demander comment je vais et me dire que tout va s'arranger à chaque morceau de papier mis en boule. J'ai commencé par jeter tout ce que je portais, même en faisant tourner à plein régime ma machine à laver ou en vidant tout ce qui ressemble de prés ou de loin à un nettoyant, liquide ou en tablettes, rien de tout cela ne pourrai éliminer l’odeur qui est emprisonner à l'intérieur des fibres.
J’entre dans la douche à l’eau déjà trop chaude. Je frotte sans savoir ce que je veux faire partir en premier: ses mains ancrées sur ma peau, son odeur, ou ma chair toute entière. Je crois n'avoir jamais frotté si frénétiquement ma peau, ne l'avoir faite souffrir autant pour la délivrer d'un autre mal.
16h. Trois douches, deux flacons de 100 ml "cueillette des mûres", une bouteille de shampoing censée me donner "force et vitalité", et six serviettes étalées aux quatre coins d'une salle de bain surchauffée et assiégée n’ont rien changés. Il est toujours au plus profond de moi.
16h40. Je me suis décidée à enfoncer la clé dans le démarreur pour aller la chercher, cette aide et ces mots qu’on va me répéter cent fois. Mais avant de vider une à une les boîtes de mouchoirs de mon médecin, il va falloir affronter une salle d’attente bondée de parents inquiets, d’enfants surexcités à l’idée que demain y’a pas école, de têtes blanches à la retraite qui reviennent pour la troisième fois de la journée. Tout ça amassés dans un 6m².Avec pour passer le temps, les même magazines entassés sur une table basse au centre de la pièce et toujours la même hésitation à qui voudra bien prendre celui au sommet de la pile.
Posté le 24.05.2007 par Emie
Il sert son corps contre le mien et la pensée qu'il ne puisse faire qu'un avec le mien me dégoûte, m’effraie. Mes larmes arrivent sans pouvoir leurs dires de rester là où elles sont. Il pose sa main sur ma bouche, sa voix rauque me dit :
- Ne t’arrête pas de pleurer ça m’excite…
Cette voix, ces mots sont ancrés dans ma mémoire. Son corps se serre un peu plus à chaque seconde qui passe. Des secondes qui paraissent trop longue pour ne pas être devenues des minutes.
Pas une âme ne semble vouloir passer prés d'ici et me délivrer de ce grand corps malade. Il est au plus proche de moi, je me dis que c'est à cet instant qu'il faut frapper, fort si possible pour que ma vie ne s'arrête pas un vendredi, à deux pas du cocon familial, dévastée par les coups d'un homme à qui je n'ai rien fait, rien dit, pas même adressé un regard. Je déteste l'idée d’avoir pu attendre que ces secondes deviennent minutes pour me débattre.
Je supplie ou qu’il soit en cet instant, le bon dieu pour que la porte d'entrée soit ouverte, que je n'ai pas à chercher mes clés au fond d'un sac que je me suis dit cent fois qu'il faudrait ranger. J’enfonce nerveusement ma clé dans la serrure, et me calfeutre à l’intérieur.
Je reste derrière la porte avec la crainte de voir la poignet s'abaisser.
Mon idée première est d'aller vomir, mais vomir quoi ?
Je crois avoir oublié comment on réfléchit. J'ai le combiné dans les mains, j'hésite, compose et raccroche. Je me dis qu'il serait peut-être temps de demander de l'aide mais les mots "j'ai besoin d'aide" sont coincés, engouffrés dans ma gorge. Et même si je me décidais à composer un quelconque numéro "Comment est-ce arrivé ?" ou « tu vas bien au moins ? » sont les derniers mots que j'ai envie d'entendre. Non je ne vais pas bien et si je savais su comment cela aurait pu arriver, si j’avais su le prédire je ne serai pas passé pas cette foutue allée…
Mais que peut-on dire dans ces cas la? Que dont-on dire? Seuls ceux affublés d'un bac plus huit, fan de tâches d'encres noires sur feuilles blanches et de cahier à spirales savent ce qu'il faut dire ou ne pas dire et savent habillement hoché la tête de haut, l’air pensif crayon en main. Mais là, ce n'est pas d'une tache d'encre noire dont j'ai besoin mais d’une douche. Une douche froide ou chaude à m'en faire devenir vieille avant l'heure.
[FONT=Arial]
Posté le 22.05.2007 par Emie
Destin : désigne au moment présent l'histoire future d'un être humain tel qu'elle est écrite par une force ou une instance supérieure à l'homme (éventuellement divine) dans les conceptions déterministes du monde.
***
16 mars. Il est quelque chose comme 14h. Une rame de métro. Encore deux stations, mes yeux se fixent toujours sur la ligne rouge quand il ne reste plus que deux stations. Il y a des tas de paires d’yeux qui se fixent sur la ligne rouge, par terre ou qui lisent la même page pour la troisième fois de la journée du même livre au fond du sac depuis des mois.
Je sors enfin de cette rame. Au moment où j’ai mis le nez dehors j’ai regretté de ne pas avoir pris ce parapluie, sagement posé sur le radiateur qui me narguait ce matin : Il pleut. Chacun court pour s’abriter sous l’abri bus, moi je n’ai qu’une seule idée en tête : rentrer. Lire un livre pour oublier qui ont pu être les parents de Joseph et pourquoi faut-il connaître les attributs des apôtres. Pouvoir m’endormir sans culpabiliser parce qu’il n’est que 2h de l’après-midi.
J’accélère le pas pour entrer dans l’allée, qui me sépare de chez moi. La pluie qui me coule sournoisement le long du cou me fait penser au bonheur que je vais ressentir lorsque je serais au chaud une tasse de café à la main. Un homme, la tête vers le bas est accoudé au mur et il n’a pas l’air de savoir quoi faire de ses mains. Je le dépasse et sens un bras qui sert mon cou, je me demande si je ne suis pas dans l’une de mes pensées mais ce qui m’empêche presque de respirer est bien réel. Des centaines de pensées mitraillent ma tête. Quatre mots prononcés par une voix rauque, qui ne ressemblent en rien à « vous auriez l’heure mademoiselle ? ». En un instant je suis contre le mur face à un visage sans yeux cachés sous une casquette à laquelle l’on peut ajouter une capuche. J’ai la sensation de ne plus sentir le sol sous mes pieds, et c’est bien lui que j’aimerais sentir plutôt que les coups qui viennent se heurter à mon visage. Je me demande ce que mon ange gardien peut bien faire, il a du se prendre les pieds dans un de ces foutus nuages. Je n’ose pas crier, je ne cesse de me dire que ces cris s’étoufferaient sans doute au fond de ma gorge, qu’ils viendront nourrir un peu plus la folie de cet homme. Rien dans mon corps ne semble vouloir bouger. Je reste tétanisée alors que ma tête elle, semble être déjà loin d’ici. Dommage qu’elle soit si bien visée sur mes épaules. Des mains froides déboutonnent mon chemisier, je tremble à l’idée qu’il puisse voir ce que je m’efforce de cacher le plus longtemps possible aux hommes qui ont pu prendre ma main. Je prie pour qu'il ne prenne pas le droit d'ouvrir autre chose que deux ou trois boutons. J'ai mal sans savoir si c'est là où il a posé ses mains que la douleur à élue domicile ou, si c'est beaucoup plus haut, quelque part au sommet du corps.