20h03. La journée est presque terminée. Je reste une nouvelle fois tétanisée derrière ma porte. Les escaliers sont face à moi et je me dis que là-haut je serais bien plus en sécurité qu’ici la tête entre les genoux. La nuit va être interminable, j’aimerais être déjà demain pour me dire qu’hier n’existe plus. Alors j’ai pris le chat sous mon bras et je les ai monté ces foutus escaliers. J’ai allumé la télévision pour qu’il y ai une sorte d’animation dans la pièce, et j’ai filé tout droit vers la salle de bain pour vidé de moitié l’un des flacons rescapés du début d’après-midi. Je reste dans une ambiance caniculaire en pensant que je dois sans doute avoir besoin de sommeil. De beaucoup de sommeil. Pensant être trop vieille pour que le marchand de sable trouve une solution à mon problème et qu’à cette heure ci la pharmacie est probablement fermée, il ne me reste plus qu’à croire en les vertu de camomille, verveine , tilleul et compagnie.
20h47. J’ai pris mon courage à deux mains pour descendre les escaliers et aller vaillamment mettre à ébullition l’eau miracle qui me permettra (peut-être) de dormir. La tasse bouillante dans la main gauche je repars de la cuisine vers l’étage en n’oubliant pas de vérifier une bonne dizaine de fois que la porte d’entrée est fermée à double tour. En posant le pied sur la première marche, je décide que ce sera la dernière fois que je redescendrai ces escaliers avant que le jour ne soit levé même si le chat hurle à la mort parce qu’il a faim. Je me suis allongée dans mon lit en espérant que par miracle je m’endormirai en un claquement de doigt, mais rien. J’ai fini par me résigner et regarder ce que le petit écran avait à dire. A première vue pas grand-chose, juste des séries à la pelle, des films au début tragique mais fin heureuse, des émissions de variétés et dite de divertissement (aux présentatrices à qui on ferait bien manger leurs satanées fiches de bristol), sans oublier les documentaires interminables sur le pourquoi du comment de la vie d’un ornithorynque. Mais curieusement j’aimerais m’y intéresser à cet ornithorynque, ou aux fiches bristols de la présentatrice peroxydée qui s’agite…me concentrer sur ça et rien d’autre surtout pas à une casquette, une capuche, ou une voix rauque. Juste pour oublier 14h et ses alentours. Même les heures de cette nuit ne semblent pas vouloir s’écouler.
Le monde a-t-il envie de s’arrêter un vendredi ? Et les joies du samedi ? Celle de passer des heures à déambuler dans les allées d’Ikéa en laissant porter ce sac jaune et bleu immonde à votre petit ami qui traîne le pas dans les allées (et qui franchement déteste ça les samedi après-midi chez Ikéa, il préférerai sans doute que vous remplissiez cette joie avec votre future belle-mère) pour finalement acheter trois ou quatre bougies, quelques bibelots que vous adorer(mais qu’il déteste), et enfin affronter une file d’attente interminable ? Et les plaisirs du dimanche ? Celui d’avoir envie de faire bouffer ses haies à son voisin parce qu’il a décidé que c’était à 8h30 qu’il fallait les tailler ? Vous en faites quoi de tous ces bonheurs de la vie quotidienne ? Il y a sans doute des milliards d’humains qui aimeraient faire ça ! Alors message au « Tout-puissant », « Créateur » et autre « Très-Haut» qui joue avec sa fourmilière : faites moi s’écouler cette putain de journée !!!